Par Hugo Loiseau

Le financement d’une recherche universitaire ou d’un programme d’études supérieures à l’université peut s’avérer parfois long et ardu. Les résultats sont souvent aussi décevants et incertains. Le manque de fonds des organismes subventionnaires, la vive concurrence entre candidats ou encore la nature des programmes et leurs critères d’évaluation expliquent en grande partie le taux d’échecs élevé de la part des demandeurs.

Toutefois, l’échec n’est pas une fatalité et il existe des moyens pour augmenter les chances de succès lors du dépôt d’une demande de subvention ou d’une demande bourse auprès de ces organismes subventionnaires fédéraux, provinciaux ou privés. Ce petit billet a pour but d’exposer quelques moyens pour favoriser l’obtention d’une bourse ou d’une subvention et d’expliquer comment fonctionnent les comités d’évaluation.

Comment fonctionnent les comités d’évaluation?

La première chose à savoir dans le déroulement d’une évaluation c’est que le comité d’évaluation n’est qu’une étape parmi plusieurs autres. Certes importante, cette étape n’est pourtant pas l’étape décisive. Un comité d’évaluation a pour but de discriminer les demandes qui lui sont adressées en fonction de critères et donc de faire des recommandations à une autre instance (souvent un conseil d’administration), qui elle, est décisionnelle. Selon la disponibilité des fonds, cette autre instance verra à attribuer bourses ou subventions jusqu’à un certain niveau du classement établi par le comité d’évaluation. Les meilleures demandes dans le classement recevront une bourse ou une subvention. Toutefois, selon cette logique, il est possible qu’une excellente demande soit refusée par manque de fonds et c’est la fameuse phrase: «Recommandée, mais non financée» qui conclut, amèrement, l’entreprise.

Selon les organismes subventionnaires et l’ampleur du nombre de demandes qu’ils reçoivent, les comités d’évaluation sont soit multidisciplinaires soit disciplinaires. Cela signifie qu’il est possible qu’une demande, par exemple au hasard en science politique, soit évaluée par des non-spécialistes de cette discipline. De plus, toujours selon les organismes et la nature de leurs programmes, il est possible que les comités d’évaluation effectuent leur classement des demandes par conférences téléphoniques, certaines pouvant se faire pendant plusieurs demi-journées consécutives dans les cas extrêmes. S’ajoute à ces deux irritants potentiels, l’aspect faussement bilingue de certains comités. En effet, plusieurs comités d’évaluation sont composés d’une présidence bilingue ou de membres supposément bilingues. Le degré de maîtrise de l’autre langue n’est jamais vérifié chez les évaluateurs. Il faut donc prendre en considération que le mode de communication dans ce type de comité ne permet pas toujours une bonne explication et l’expression d’un débat idéal. De ce fait, les débats à propos des demandes ne sont pas toujours justes pour les candidats. Ainsi, il vaut mieux opter pour un langage clair, simple et accessible à tous, afin d’être sûr que l’évaluateur qui lira une demande qui n’est pas écrite dans sa langue maternelle soit en mesure de la comprendre adéquatement.

Enfin, dans la majorité des programmes, l’évaluation personnelle des demandes et, par la suite, l’évaluation en comité se font de façon négative. Les évaluateurs ont une série de critères d’évaluation et ils jugent la demande et ses qualités selon ces critères. En d’autres mots, cela signifie qu’à la moindre erreur détectée, la demande perd des points en fonction d’un ou de plusieurs critères. Lors de l’évaluation en comité, une demande peut donc être disqualifiée par une série de petites erreurs bénignes, mais, qui, en s’accumulant, la font chuter dans le classement. L’objectif du comité est de retenir en haut du classement les demandes qui répondent aux normes scientifiques ou qui les dépassent.

Que puis-je faire pour améliorer mes chances de succès?

En considérant le fonctionnement des comités d’évaluation, quelques trucs peuvent être utilisés pour maximiser ses chances de réussite. La règle d’or dans la rédaction d’une demande de subvention ou de bourse se résume en trois mots: clarté, précision et cohérence. Il faut privilégier des phrases courtes et claires et des concepts bien définis à un jargon techno-scientifique enveloppé dans une prose littérairement impeccable. En fait, il est déconseillé d’assommer les évaluateurs avec une revue de la littérature trop complexe ou avec des considérations qui n’aident pas directement à la compréhension de la demande. Il faut être explicite et convaincant avec un fort esprit de synthèse. Il ne faut pas hésiter à se mettre en valeur et à mettre en valeur sa demande, toute proportion gardée bien sûr.

La solidité de la méthode de recherche proposée par le projet de recherche est aussi une excellente façon de réussir à gagner des points dans le processus d’évaluation qu’il soit personnel ou en comité. Pour ce faire, la logique de la démonstration doit être respectée dans la présentation du projet et toutes les parties pertinentes doivent apparaître là où elles doivent apparaître dans le formulaire. De plus, encore une fois, la cohérence est importante puisque ce qui est annoncé dans le projet doit correspondre au budget prévisionnel et aux exigences éthiques énoncées dans la demande. Même si le comité est multidisciplinaire, la qualité de la méthode de recherche proposée est importante, car les évaluateurs non disciplinaires peuvent juger de la valeur de la demande à travers la méthode qu’elle soumet. La méthodologie devient, en effet, le langage commun qui transcende les différentes disciplines.

À ne pas faire dans une demande de bourse ou de subvention

Les évaluateurs expérimentés remarquent immédiatement de nombreuses «erreurs» ou des choses à ne pas faire dans une demande de subvention ou une demande de bourse. Ils sont «formatés» à cela puisqu’ils doivent corriger de façon négative. Or, il faut, autant que possible, éviter de faire ou oublier certaines choses dans la demande. La première et la plus évidente est d’écrire sa demande avec des fautes ou encore avec un niveau de langage familier. La deuxième consiste à laisser en blanc des cases. Le vide étant suspect dans une demande, les évaluateurs peuvent douter de la valeur d’un candidat ou de son projet s’il n’y a rien ou peu de choses à dire et à répondre. Il faut éviter de laisser cette impression d’inachevé. Si le formulaire demande : «Quelles sont vos cinq plus grandes réalisations universitaires?» et qu’il n’y en a que trois de listées, le premier réflexe est de penser que le candidat n’a rien à dire ou ne sait pas se mettre en valeur, ce qui est primordial dans ce genre de concours.

En considérant le fait que les évaluateurs ont de nombreuses demandes à évaluer (souvent, en moyenne, de dix à 25 demandes de 30 pages chacune par comité), les candidats doivent faire un effort particulier à propos de la clarté et de l’uniformité de la mise en page de leur demande, et ce, surtout à propos des CV. Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup dit un adage. La même idée s’applique dans ce cas-ci. Si un CV n’est pas clair et explicite, c’est que, probablement, son auteur désire passer sous silence ou encore camoufler certaines choses…

En résumé, le fonctionnement interne des comités, la qualité des demandes et la correction négative ont un impact très important sur le classement des demandes dans un programme de subvention ou de bourse. Avec ces quelques informations en tête, la rédaction des demandes devrait être facilitée et les résultats aux différents concours, espérons-le, grandement améliorés!

Hugo Loiseau est professeur agrégé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke