Par Frédérick Bastien

Après avoir consacré quelques précieuses années à la réalisation d’une thèse de doctorat, il est important de mettre en valeur le travail ainsi accompli. La publication des résultats de la recherche dans un format plus propice à la diffusion que la thèse elle-même s’impose. Si la formule de la thèse par articles fait de la publication une partie intégrante de la démarche doctorale, la thèse dite « classique » donne lieu à un choix important : publie-t-on la thèse en la transformant en un livre ou en articles?

Dans la plupart des cas, la publication sous la forme d’articles est le choix qui paraît le plus rationnel. Dans certaines circonstances, la publication d’un livre peut cependant être une avenue à considérer. Il s’agit d’un choix hautement stratégique. Pour faire ce choix, il faut connaître les principales étapes du processus d’édition mais aussi prendre en compte quelques paramètres : notre situation professionnelle en tant que chercheur, notre curriculum vitae et le sujet de notre thèse.

Une prémisse très claire doit être posée : au Canada, les départements de science politique – et de combien d’autres disciplines – valorisent davantage les articles publiés dans de bonnes revues scientifiques au moment d’examiner le dossier de publications des candidats à un poste de professeur. Il convient donc de prendre une décision en considérant quelques éléments parmi les suivants.

  • A-t-on déjà un poste de professeur? Si le chercheur est déjà recruté dans une telle fonction au moment de publier sa thèse, les impératifs de publication s’inscrivent alors dans une temporalité bien différente que s’il est « sur le marché ». Bien sûr, il est attendu que le professeur adjoint développe un dossier de publications qui lui permette d’obtenir du financement des organismes subventionnaires et la promotion au rang de professeur agrégé, mais disons que les risques et inconvénients qui caractérisent l’édition de livres peuvent être absorbés à moindre risques.
  • Envisage-t-on la poursuite d’une carrière universitaire? Si elle souhaite obtenir un poste de professeur ou, à tout le moins, si elle n’écarte pas cette avenue, la publication d’articles paraît plus stratégique pour la personne récemment diplômée. Par contre, s’il est clair qu’une autre carrière est visée, la donne peut être différente. Dans certains milieux de pratique, la publication d’un livre et le rayonnement qui peut en découler seront plus valorisés que celle d’articles scientifiques dont la diffusion est essentiellement restreinte au milieu scientifique.
  • Le dossier de publications comprend-t-il déjà plusieurs articles? Au moment où ils terminent leur thèse, certains chercheurs ont déjà un étonnant dossier de publications dans des revues scientifiques. Si tel est le cas, la poursuite d’un projet de livre est une entreprise moins risquée. Elle peut même diversifier avantageusement le dossier de réalisations d’un candidat, entre autres parce que le livre suggère certaines habiletés et aptitudes différentes de celles nécessaires à la publication d’articles.
  • Le sujet de la thèse est-il suffisamment attrayant? Si vous négligez ce paramètre, soyez assuré que la maison d’édition, elle, l’évaluera! Elles privilégieront les sujets pouvant susciter un intérêt auprès du grand public, des médias, des praticiens ou des professeurs qui choisissent ce que seront les lectures des étudiants inscrits à leurs cours, surtout au premier cycle. Bref, les sujets susceptibles de stimuler les ventes seront favorisés. Soyons réalistes : si votre thèse est consacrée aux conséquences des changements de systèmes partisans sur l’impact du vote économique sociotropique dans les choix électoraux, oubliez le livre!

Dans tous les cas, il convient de ne pas succomber au fantasme livresque qui anime plusieurs chercheurs en début de carrière sans trop se poser de questions. Il est vrai que la perspective de publier un premier livre peut faire rêver, mais les enjeux sont importants et il peut être crucial de faire les bons choix.

Frédérick Bastien est professeur agrégé au département de science politique de l’Université de Montréal