Par Emmanuel Choquette

À l’automne 2015, j’entreprenais ma première session au doctorat en science politique à l’Université de Montréal. Un peu plus de deux ans (et deux examens de synthèse assortis d’une défense orale) plus tard, je passais à la soutenance de mon projet de recherche auprès d’un jury, à l’évidence, non complaisant… Le tout complété avec succès, je suis maintenant ce que mes collègues anglo-saxons appellent un ABD, un « All but dissertation »! Ce parcours, plutôt classique pour un doctorant, s’avère davantage particulier en ce qui me concerne. De fait, j’ai commencé mes études de 3e cycle à temps plein à l’âge de 42 ans. Père de deux enfants alors âgés de 9  et 12 ans, j’ai aussi abandonné le poste que j’occupais au département de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke pour consacrer la majorité de mon temps à mes études. Maintenant boursier du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) et libre de rédiger ma thèse, je vous propose quelques humbles conseils visant à éclairer les quelques (moins!) jeunes personnes désireuses d’emprunter cette route.

  1. Consultez vos amis, vos proches et d’autres collègues

Cela semble un cliché, mais avant d’entreprendre un projet de cette importance, il faut en parler à ses amis, à sa famille. Beaucoup de choses sont en jeux, vos revenus évidemment, mais aussi la direction de votre carrière, la dynamique familiale, sociale, etc. Vos amis vous connaissent bien. Ils sauront vous apporter des éléments de réflexions additionnels, vous accompagner et vous rassurer dans vos choix. Il en va de même pour votre famille immédiate. Elle doit être dans le coup! Si vous sentez des tensions dès le départ, c’est le moment de discuter, de répondre à des questions et d’expliquer vos points de vue et votre vision derrière vos intentions. N’oubliez pas également d’en discuter avec d’autres personnes qui sont passées par là. Elles vous diront ce que cela représente de faire un doctorat et vous éclaireront sur les défis et les embuches qui risquent de se trouver au travers de la route. Il faut donc être à l’écoute!

  1. Rencontrez une ou un directeur de thèse potentiel

Vous n’avez peut-être pas d’idée précise de ce sur quoi pourrait porter votre thèse, mais vous connaissez certainement vos centres d’intérêt, un champ d’étude susceptible de vous interpeller. C’est le moment d’effectuer quelques recherches sur le Web et d’identifier des professeurs susceptibles de diriger vos travaux. Prenez rendez-vous avec une ou deux de ces personnes et tâcher de leur faire part de la façon la plus claire et honnête possible de vos idées et de votre projet. Profitez-en pour en savoir davantage sur l’institution et sur le fonctionnement de son programme de doctorat. Prenez des notes!

  1. Soyez (très) réaliste

Voici un conseil tout aussi bref qu’incontournable : ne sous-estimez pas l’ampleur de la tâche! Honnêtement, je m’étais préparé au pire. J’avais imaginé des heures d’études et de lectures hebdomadaires. Je m’étais fait les scénarios les plus pessimistes en ce qui concerne la charge de travail et la difficulté de concilier étude, travail (une charge de cours par session, environ 20 heures par semaine), famille et amis. Malgré cela, c’est encore plus exigeant que je ne le croyais. À ce niveau, la barre est haut. Vous n’aurez jamais autant lu et étudié de votre vie. Tout ça pour dire qu’il faut être prêt, vraiment prêt à faire face à cette réalité. Faire un doctorat, ça demande beaucoup de travail et de discipline. Souvenez-vous-en!

  1. Acceptez votre statut d’étudiant

L’âge constitue à mon avis un avantage en terme de connaissances et d’expériences. Le bagage acquis au cours des années vient alimenter la réflexion, les recherches et ajoute au sérieux de la démarche. Mais, d’une certaine façon, un retour aux études force l’individu plus âgé à faire abstraction de son CV. Vous n’êtes plus la personne ressource que vous étiez dans votre milieu de travail et surtout, comme tous vos collègues doctorants, il vous faudra admettre une chose : vous êtes là pour apprendre. Même à quarante ans, être étudiant signifie que l’on doit passer toutes les étapes d’évaluation et faire face aux critiques de vos professeurs et à celles de vos collègues. Ne pas accepter son statut d’étudiant, c’est vivre dans une perpétuelle frustration et une impression de ne pas être au bon endroit. Restez humble, respirez et tout ira bien!

  1. Soyez bienveillant envers vous-même

On dit souvent que le doctorant se retrouve dans une certaine solitude, laquelle peut se traduire par un isolement. Sans doute faut-il demeurer prudent et éviter de vivre en ermite entouré de ses bouquins. N’oubliez cependant pas que vous êtes votre meilleur allié. En ce sens, dans les moments intenses et difficiles, prenez un pas de recul et observez le chemin parcouru. Évitez de vous répéter des phrases du genre : j’aurais dû faire ça avant! D’une part, c’est une évidence, vous n’avez pas fait votre doctorat avant… D’autre part, vous avez fait d’autres choses avant. Ce sont d’ailleurs ces accomplissements qui vont ont mené vers ce merveilleux, mais très intense défi.

Au terme de ces conseils, j’en ajoute un dernier en boni : comme toute personne occupant un poste ou un titre quelconque, vous n’êtes pas qu’un étudiant en quête de son PhD. Toute une vie (et plusieurs autres même!) gravite autour de vous. Prenez le temps de la saisir à l’occasion, ça vous changera les idées!

Bon doc!

Emmanuel Choquette
Doctorant en science politique
Université de Montréal